Faut-il faire un référendum pour un oui, pour un non !?

13 Avr

A la lecture des newsfeeds que je reçois d’ici et là, et de ce très bon article de la Rédaction du Post (que j’essaie de retrouver pour vous dans l’abondante actualité des publications …) il semble que la question qui préoccupe le plus le Gouvernement est de savoir qui fait de la récupération politique d’un drame humain qui a causé des milliers de morts et d’inestimables et irrémédiables dégâts, tant matériels et écologiques que psychologiques, plutôt que de poser les vrais termes d’un débat public qui inquiète l’opinion. Certes, il faut savoir raison garder. En particulier, dans ce genre de contexte, et ne pas céder à l’affolement d’une biche effarouchée par le moindre croassement dans le lointain …

A ce sujet, je renvoie votre attention vers la réponse qu’avait donné la Secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts Cécile DUFLOT à Rouen, le 16 mars dernier …

Avec la deuxième place mondiale de son parc nucléaire, le Gouvernement de la France peut sans doute se permettre de consulter le peuple, dans la mesure ou c’est l’État qui contrôle les 58 réacteurs nucléaires français, malgré la gestion de compétences confiée à des entreprises privées, comme AREVA par exemple. Or, l’État, c’est aussi le contribuable, l’électeur, le citoyen. Lorsque Nicolas HULOT, qui devrait confirmer sa candidature à la magistrature suprême [NDLA : à l’heure ou je publie ces lignes ici, publiées la veille sur le Post, l’homme a déclaré sa candidature], déclare « [qu’]on ne peut pas mettre le sort de l’humanité dans une vulgaire et tragique roulette russe« , il ne fait nul doute que faire l’impasse sur ce débat à un an de l’échéance présidentielle reviendrait, de la part du président-candidat Nicolas SARKOZY et de la part de son camp politique, à jouer à la roulette russe avec un barillet plein …Une autre déclaration, celle de la ministre de l’écologie Nathalie KOSCIUSKO-MORIZET, voudrait nous convaincre que l’on s’achemine vers une catastrophe nucléaire au Japon. Donc, la situation actuelle n’est pas catastrophique. CQFD. Mais le ministre des affaires étrangères, qui fut un temps ministre de l’écologie (le temps de comprendre – pour sa courte défense – qu’il ne fallait pas manger de cerises en hiver …), Alain JUPPÉ de souligner qu’il n’est pas question d’un référendum. Après tout, pourquoi faire, c’est vrai !? Quand on voit les taux de participation des électeurs français, dont le record d’abstention était pour un référendum, justement, sur le quinquennat (70,27 % d’abstention), on ne se pose qu’une seule question : faut-il faire un référendum pour un oui, pour un non !?

Quant au ministre de l’Industrie, Éric BESSON semble assez lucide sur le caractère assez inévitable d’un débat sur l’énergie, d’une façon ou d’une autre. Mais comment dresse-t-on un grand débat national si l’on ne demande pas aux citoyens leurs avis ? Sans doute par le biais d’une émission télévisée sur la première chaîne, ou le Chef de l’État lui-même viendra s’adresser pendant des heures à un « échantillon représentatif » composé d’une dizaine de citoyens sélectionnés pour expliquer qu’il n’est pas un super-héros (on aurait bien besoin de Green Lantern, tiens … !!) et qu’il ne peut pas tout faire en même temps, être partout à la fois, avant d’écouter les deux phrases que chacun aura tout juste le temps de lâcher à une heure ou les gens de bonne réputation ont déjà les pieds qui dépassent du lit … ou bien, ce sera un débat parlementaire ? Avec combien de députés dans l’hémicycle, combien cachés derrière les rideaux et combien qui rayonneront (c’est facile, je sais …) par leur absence !? A moins qu’une véritable procédure de débat public soit organisée dans toutes les régions et tous les départements de France, menée localement par des garants de concertation publique, choisis par les collectivités territoriales plutôt que par les Préfets, et permettant aux acteurs de la société civile de proposer des Cahiers participatifs ? Là, ça pourrait avoir du sens. Trop grande ampleur, difficulté d’organisation ? En effet, ce seront sans doute les « arguments » qui seraient présentés par ceux qui ne veulent pas – n’y ayant aucun intérêt, voire pouvant y voir une menace sur leurs intérêts – organiser de réel débat public sur le sujet. A sujet d’ampleur, organisation d’ampleur, non ?

Quand le ministre de l’Industrie affirme que l’activité nucléaire de la France, représentant 80 % de la production d’énergie, permet son indépendance énergétique partielle, c’est une façon habile de ne pas dire que l’indépendance énergétique de la France est, schématiquement, de seulement 20 % … puisque la France ne dispose d’aucun gisement d’uranium sur son territoire !Le ministre des affaires étrangères (également ministre d’Etat, ce qui lui confère la possibilité de parler de tous les sujets, car il est ainsi ministre de tout, un vice-premier Ministre, en quelque sorte) a raison de souligner que dire que l’on sortira du nucléaire du jour au lendemain serait mentir aux Français. Mais pas une formation politique ayant une ampleur significative ne tient ce discours. Donc, l’argument paraît fallacieux.

Souligner les efforts qui sont entrepris en matière d’énergie renouvellable, c’est la moindre des choses. Mais sans doute aurait-il été pertinent d’opter pour un angle d’approche qui pense aussi aux questions économiques et à l’emploi, comme on le retrouve dans le discours de mutation écologique de la société de Nicolas HULOT et de transformation écologique de l’économie qui a fondé le mouvement Europe Écologie lors des élections européennes de 2009, concept renforcé lors des régionales de 2010 et lors des cantonales du début de ce printemps, faisant croître la force politique du mouvement désormais nommé Europe Écologie Les Verts, principaux (p)artisans de l’appel à un référendum sur le nucléaire.

Enfin, il semble que les socialistes soient un peu dépassés par le sujet. Son porte-parole Benoît HAMON a l’air de penser qu’un référendum signifierait que la France devrait s’apprêter à sortir du nucléaire du jour au lendemain. La Secrétaire nationale du PS Martine AUBRY préfère un audit sur les centrales nucléaires du pays plutôt qu’un référendum. Bref, on est en droit de s’interroger, alors que les socialistes viennent de publier leur programme pour la campagne présidentielle, s’il y a un(e) socialiste rue de Solférino qui sache que la réponse dépend (malgré le risque couru par l’identité et la popularité de celui qui pose la question …) quand même un peu de la question qui est posée ? D’ailleurs, cette question figure dans le sondage que je publie à votre attention ici-même : « Souhaitez-vous que la France s’engage dans les meilleurs délais à une sortie programmée de la production d’énergie nucléaire ? » Mais comme toute question, elle ne vaut que si l’on y répond en connaissance de cause : le débat public ouvre tout naturellement la voie au référendum.

Lire l’article sur la page The Stradefi Post

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