De Clichy-sous-Bois à Montpellier, la citoyenneté trace sa route. Envoyé spécial à l’étape havraise.

21 Mar

source : letelegramme.com

L’histoire commence par une explosion. Une explosion sociale, à Clichy-sous-Bois, en 2005, après la mort par électrocution le 27 octobre de Bouna TRAORÉ (15 ans) et Zyed BENNA (17 ans) qui s’étaient réfugiés sur un site EDF dangereux et sur lequel leur camarade Muhittin ALTUN (17 ans) s’est grièvement blessé. Puis vint le grenadage de la mosquée de Clichy-sous-Bois. L’émotion populaire qui s’ensuivit ouvrit la période de généralisation des émeutes à l’ensemble du pays. Cette explosion sociale marque l’Histoire des banlieues françaises d’une façon inédite.

De cette révolte est née l’association ACLEFEU, pour faire remonter la parole des habitants auprès des élus de la nation mais aussi être force de proposition à l’élaboration d’un projet de société. L’association organise ainsi, tous les deux ans, un Tour de France pour rencontrer tous les citoyens des quartiers populaires et pas seulement les habitants des cités car pour l’association, « la précarité, le chômage, les difficultés de logement, les discriminations, frappent bien au delà des tours et des barres ». Ses autres projets en cours : les Passeports Citoyens et Oxygène.

L’histoire se poursuit avec une autre explosion. Dans la nuit du 16 au 17 mars 2012 à quelques kilomètres du Havre. L’explosion de la chaudière de l’hôtel ou est installée l’équipe de l’association. En fait de fumée, c’est un nuage de vapeur d’eau qui effraie la femme de ménage de l’établissement qui donne l’alerte. Évacuation des lieux. L’équipe n’a pas beaucoup dormi avant que je ne les retrouve. Il est un peu difficile de se retrouver au lieu de rendez-vous. Descendu de mon train pour venir à leur rencontre, je m’empêtre en piéton dans le chantier permanent et omniprésent qui entoure la ville dessinée par Auguste Perret et classée au Patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO d’un habit de béton plus désagréable que celui du bâti qui compose la cité océane. La pluie qui ne cessera pas un instant a décidé de plonger dans ce décor, et ramène les habituelles effluves de la raffinerie et des industries portuaires jusqu’à mes narines sensibles. Le rouennais que je suis devenu et qui rejoint aux portes de l’Atlantique une équipe de franciliens ne peut s’empêcher, dans la pâleur épaisse de ce décor à mourir, de penser : « Triste banlieue » … Je ne sais pas encore que c’est le soleil d’une belle rencontre qui va m’être offert quelques instants plus tard et jusqu’à la tombée de la nuit.

Je me rends à l’Espace commercial René Coty ou l’association a installé son barnum devant le minibus et fait signer une pétition, distribue des documents, accueille les passants, engage des palabres citoyennes, sensibilise, parle et écoute, bref, échange. Malgré le temps et le fait que nous soyons samedi, l’affluence est correcte, bien que très inférieure à la première journée de la tournée de cette caravane partie de Lille après avoir rencontré plusieurs centaines de citoyens, dont beaucoup de jeunes, la veille dans les rues de la capitale du Nord.

Mehdi me reconnaît sans m’avoir jamais vu et m’accueille chaleureusement, comme après lui Khadija, Fatima, responsable de cette caravane, avec qui je me suis entretenu au téléphone et Mehmed et c’est à ce moment précis que le soleil que j’évoquais commence à ma faire oublier ce début de journée gris et malodorant. Nous plaisanterons plus tard sur le fait qu’il pue davantage et plus souvent en centre-ville du Havre que dans beaucoup de banlieues dans le reste du pays …

Un rassemblement se met en place. Avec tracts, T-shirts floqués, drapeaux, et le portrait d’un candidat majeur à l’élection présidentielle. Une douzaine de ses militants supporteurs a décidé elle aussi de braver le temps et de mener bataille sur une terre qui ne leur est politiquement pas favorable.

Après des salutations cordiales entre les deux équipes, celle que je suis venu rencontrer décide de faire une pause-déjeuner. Il est quatorze heures passées. Au moment ou le matériel est remballé, un militant de l’équipe autochtone s’approche de moi en me disant qu’il n’est pas sûr que pour sensibiliser les citoyens sur le sujet des banlieues, le centre-ville soit le plus approprié des terrains. Je me présente comme journaliste, ce qui me permet de conserver mon droit de réserve et de ne pas lui répondre qu’il peut être discutable de considérer que les « quartiers » sont le terrain idoine pour sensibiliser à ce qu’ils sont eux-mêmes. Je me retiens même de lui répondre que la question peut aussi se poser quant à savoir si les banlieues soit le meilleur endroit pour sensibiliser aux problèmes du centre-ville. En l’occurrence, l’équipe a choisi le centre-ville plutôt que d’investir La Main Rouge, Caucriauville, le quartier de l’Eure ou Bléville. Après tout, la pluie est la même partout …

Mehdi de DIGADERNE, Fatima HANI, Khadija YAHIAOUI et Mehmed MAIZ (c) STRADEFI MEDIAS, SMWB

Nous voici donc cinq arabes (malgré ma tête de Viking, je suis issu d’une famille de pied-noirs) partis déjeuner dans un snack turco-kurde qui est le seul endroit au monde que je connaisse qui vous sert un « burger végétarien au poulet », et dont le steak n’avait, je vous l’affirme, ni le goût de soja ni celui du poulet ! Et là, rien ne va plus ! Le « Tu te crois à Miami, toi !? » en réponse à celui d’entre nous qui fait remarquer qu’à maintes reprises, le service ne correspond toujours pas à notre commande. Résultat : la pause se prolonge … l’anecdote illustre sympathiquement la rencontre entre les cultures et les incompréhensions qu’elle véhicule parfois.

Le temps faisant son œuvre comme le bourreau son office, retour au minibus en direction de la gare : Mehmed et moi devrons vite sauter dans le 19:10 pour Paris via Rouen. L’interview se fait sur les cahots des routes en travaux et sous les plic-ploc de la pluie … on reste dans l’ambiance itinérante. Écoutez plutôt … (durée : 1’59 ») – cf. liens de l’interview intégrale en fin d’article.

Les Havrais sont à d’autres rendez-vous, ce jour-là, comme la météo. Beaucoup n’auront pas eu l’occasion de faire la rencontre de ce soleil, de cette chaleur et de cette bonne humeur que les bénévoles de l’association ont apporté jusqu’à l’estuaire de la Seine. Cette faible présence des habitants aura permis à l’équipe de se ressourcer un peu après leur courte nuit explosive, et en une demi-journée, ce furent tout de même près de 400 contacts établis de façon vivante et riche, et c’est sans doute là l’essentiel : le message passe.

Les Havrais absents pourront toujours comme d’autres se joindre au débat public du 14 avril à Clichy-sous-Bois auquel l’association invite les candidats à l’élection présidentielle à échanger autour d’une même table. L’ancien résistant et diplomate Stéphane HESSEL, auteur des ouvrages « Indignez-vous ! » et « Engagez-vous ! » devrait également honorer cet événement de sa présence. Et dans une part beaucoup plus modeste, j’y serai, continuant de couvrir l’initiative de cette association. Rendez-vous donc au lendemain du 14 avril, sur Stradefibis !

Interview de Fatima et de son équipe (3 parties) :

1ère partie | 2e partie | 3e partie

Recommandations de lecture

Les émeutes de 2005 (Wikipédia)

ACLEFEU occupe un hôtel particulier pour sensibiliser sur les problèmes des banlieues (Soyoutv)

Cet article (version Radio HDR)

lien à venir (Rue89)

Recommandation vidéo

Publicités

Une Réponse to “De Clichy-sous-Bois à Montpellier, la citoyenneté trace sa route. Envoyé spécial à l’étape havraise.”

  1. stradefi 21 mars 2012 à 16:01 #

    Reblogged this on TON LIBRE & LES CHRONIQUES DU TON LIBRE.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :